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27/07/2010

3° Épisode de Sète et les chichois de l'été ! Coup de gueule d'Honorine à la voix vive de Sapho

Par Honorine Causette

Lettre ouverte à Sapho Marraine du festival de poésie à Sète !

Madame,

En tant que commerçants d’une ville endormie, vous nous voyez désolés de vous avoir accueillie dans une Babel méditerranéenne dont vous nous faites l’honneur de reconnaître aujourd’hui que, malgré cet endormissement, vous la trouviez « jolie ». Mais cette ville, pour vous, n’existe plus. Elle n’est plus, puisque vous attaquez votre texte par : « Il y eut une ville… ». Nous en déduisons que par votre nomadisme festivalier, cette ville n’est plus. Qu’en douze ans, vous n’avez créé aucun lien avec ses habitants. Que vous ne vous souvenez déjà plus du nom des places de cette ville. Il y en a désormais une autre, avec d’autres bistrotiers anonymes, d’autres bouchers interloqués, que vous quitterez peut-être un jour avec autant de désinvolture. Une ville aussi jolie que la nôtre, presqu’autant endormie mais, grâce à vous, enfin, cette ville va parler.

 Car, d’après vous, notre ville est devenue « parlante » grâce à votre seule présence poétique. Et par la magie de votre Verbe haut et généreux, nous avons glissé dans un enchantement quasi béat. Oui, selon vous, grâce à vous, nous, pauvres cons de la place Truc muche et de la place Machin, d’interloqués, surpris que nous étions, nous nous sommes réveillés intelligents et curieux, enchantés, voire saoulés de vos paroles.

Avant vous, notre ville ne bruissait que de silences. Un peu forts en paroles, quelquefois, mais ces paroles, à nos comptoirs, dans nos commerces, ne devaient pas avoir grande valeur poétique pour avoir valeur tout court. A vos oreilles, s’entend. Aux nôtres, ma foi, nous avions la naïveté de nous en porter plutôt bien.

Qu’allons-nous devenir alors, sans vous, Madame ?

Nous allons retourner à notre anonymat d’antan de n’avoir pas su vous aimer assez. Nous allons redevenir Truc muche et Machin.

Madame, ce n’est pas ainsi qu’on parle aux gens quand on se rend chez eux. D’autant plus si l’on souhaite que la parole soit entendue. On ne commence pas par dire : « vous dormiez, abrutis de silence ». Nous n’étions rien, en somme, ou si peu... C’est vexant, Madame. Donc nous sommes vexés. Et cela augure mal d’un dialogue riche, généreux, « enchanté »… et durable.

C’est parce que nous vous accueillons dans nos villes assoupies, Madame, que vous pouvez vivre de votre art. Et non pas parce que vous nous faites l’honneur de vous y rendre. N’inversons pas les choses : c’est l’hôte qui choisit qui il invite à sa table. Nous sommes heureux que vous daigniez nous apporter la poésie par votre bouche à nos oreilles… mais… en retour, s’il vous plaît, un minimum de respect…

Les noms de nos places sont aussi de la parole enchantée, les noms de nos places chantent pour qui sait les entendre. Ces noms chantent de notre langue et de notre culture, les noms de nos places portent eux aussi une histoire, l’histoire de nos vies, celles de nos ancêtres et de notre pays. Cela aussi est une culture. Cela aussi est poésie. En deux mots vulgaires et anonymes, vous nous signifiez votre mépris. Et ce mépris, Madame, à vous lire, c’est malheureusement la seule chose que nous ayons envie de partager.

M. Duchmol, cafetier sur la place truc muche & Mme. Duchmolle, bouchère de la place machin. A Lodève. A Sète. Ou ailleurs… partout où vous pensez que les gens sont si peu… qu’ils habitent sur des places aux noms si cons.

NDLRdesVicomtesdebrageole :

Pourquoi une lettre à Sapho ?

parceque Sapho Marraine du Festival Voix Vives de méditerranée en méditerranée, a osé écrire cà :

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