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15/04/2010

LA culture Qu'es aquo ?

Par Honorine Causette

Quand un vicomte, récemment (il y a quelques mois…), me demandait au bistrot ce que je pensais du futur festival Voix vives qui doit voir le jour à Sète cette année, je lui ai dit que ce qui se faisait à Lodève précédemment était vraiment très alléchant, que chaque programmation me donnait envie d’y aller et qu’on ne pouvait rien en dire de mal. Rien.

 “Ce que ça coûte ?” Ah, oui… ce que ça coûte… “Et pour qui ?”… “Oui, bon, d’accord” je lui ai dit, “mais ça c’est une autre histoire… c’est l’histoire de LA culture, du politique qui fait son marché dans le marketing de LA culture… et ça c’est un peu long comme histoire”.

Alors le vicomte m’a dit : “t’es pas Honorine Causette des Vicomtes de Brageoles pour rien. Ecris-là, l’histoire. On a un blog : on la mettra dedans.”

La culture est un mot nouveau, en fait. Enfin, LA culture. Toutes les collectivités locales ont désormais leur politique culturelle, essentiellement faite de festivals et de soutiens à quelques initiatives portées par des artistes du cru. Avant, il n’y a pas si longtemps, LA culture n’existait pas. On parlait d’éducation du peuple, d’éducation populaire, d’émancipation collective des individus ; puis on a parlé d’animation socioculturelle parce que “éducation”, “peuple”, c’était un peu gros comme mots et vachement ambitieux comme projet ; puis le “socio” a sauté, cela faisait pouilleux un peu, on a gardé “animation culturelle” ; puis animation ça a fait plouc aussi… et, pouf (je résume), au tournant des années 80, c’est devenu LA culture. A laquelle il ne fallait pas toucher, sinon on devenait aussi ploucs que le socioculturel d’antan. Voire pire, réac, de droite… que dis-je… crypto-fasciste, même. L’horreur.

 Alors on n’a plus rien dit. On a fait le dos rond et on n’a plus osé rien dire quand tout, et avec n’importe quoi, est devenu “culture” pourvu qu’un artiste “accrédité” signe l’oeuvre en dessous, en la vendant au prix fort, c’est beaucoup plus crédible. Le politique (au sens pas noble du terme) a compris son intérêt dans l’affaire. Fallait, pour faire “branché”, ouvert aux nobles idéaux, et développer une “image attractive”, s’intéresser à LA culture. Pas celle qui faisait le miel de tous ces centres sociaux, maisons des jeunes, foyers ruraux, etc., tout au long des mois et des années, pas celle qui avait pour but cette émancipation de tous par l’apprentissage d’une vie collective au travers de pratiques sportives et culturelles.

 Non, LA culture.

 LA culture indépassable. Celle qui élève l’âme… Si on y accède. Si on n’y accède pas, il reste toujours TF1. Et alors la culture est devenu un mot “chiant”. Tout était culture et plus rien ne l’était, on était perdu, on ne savait plus où aller. Y en a qui sont restés devant TF1, du coup. Beaucoup. D’autres qui sont allés de festivals en festivals s’élever l’âme, pour un plaisir personnel qui n’avait plus grand chose de collectif. Et d’autres ont décidé d’en faire à leur tour, de LA culture, parce qu’y a pas de raison, non plus... Mais, en devenant un mot chiant, LA culture est devenue un enjeu. De pouvoir et d’argent.

Ça ne regardait plus vraiment le populo, cette affaire : ça c’est magouillé entre professionnels de la profession, politiques locaux, ministère concerné, artistes et “médiateurs culturels” de tous ordres. Une affaire de subventions qui tombent là où ailleurs, suivant le vent qu’il fait et la mode du moment. Une affaire de “marketing”.

LA culture, ça a commencé à faire joli. Un peu comme de l’éclairage sur un bâtiment public : LA culture en décor, ça fait venir le visiteur et c’est bon pour le commerce, ça donne une bonne “image”. Une image…

De temps en temps, quelques-uns ont dit : “et le public ?”. Ben oui… entre temps, avec la mise à mort de l’éducation populaire, le peuple était devenu “public”. Assez restreint, faut bien le dire, question de moyens et de désir aussi… Pourquoi aller découvrir ce que l’on ne connaît pas quand on n’a pas créé de désir ? Mais bon, c’est une autre question, ça… Bref : en devenant un gros mot incontournable, LA culture est restée le privilège de quelques-uns. Quand, dans les maisons des parents des années 60 et 70, il était bon d’avoir quelques dizaines de livres dans une petite bibliothèque, il n’en restait plus qu’une vingtaine dans les années 80. Et les parents d’aujourd’hui… ben, dans le meilleur des cas, ils ont une jolie télé et disent à leurs enfants : “c’est pas la peine que tu le lises, ils en ont fait un film”. Voilà. Soit on se satisfait de ça et on se dit que l’essentiel c’est que nos salles de théâtre soient remplies, soit on garde au cœur ce désir de l’émancipation du peuple, d’une éducation culturelle qui est aussi une éducation politique et on est bien dans la merde, isolé et souvent malheureux.

Malheureuse en l’occurrence.

Voilà, cher Vicomte, un peu tardivement, cette triste petite histoire et croyez-moi toujours votre fidèle Honorine Causette.

theatre de la mer.jpg
Sète "le théatre de la Mer"

Commentaires

Oh que oui, honorine.
pour compléter:
Alors que je me plaignais au maire et à son adjoint à la culture et à l'animation (rien que d'avoir regroupé, ça veut tout dire) que la culture n'était plus qu'un prétexte à apéros et autres joyeusetés, ils m'ont répondu:
"c'est ça la Culture sétoise"
tu parles d'une élévation de l'individu!

ah j'oubliais au sujet de la fête du poisson bleu, manifestation dite culturelle (morte avant d'être née d'ailleurs) je déplorais que cela se résume à une histoire de "D.J." jusqu'à tard dans la nuit en plein air et en centre ville, réponse du maire: "c'est bon pour le business"
:((
Ici gît la Culture

Écrit par : marion | 15/04/2010

C'est vrai que la culture aujourd'hui est devenue un objet de consommation comme un autre. Quelle est faite d'evenements susceptible de participer a l'image que l'on veut donner d'une ville . On a oublie l'aspect pedagogique qui s'exprime a travers des stuctures culturelles permettant aux jeunes de s'inicier a la connaissance et a la pratique des activites culturelles .Pour paraphraser un Directeur des affaires culturelles " Les festivals ne doivent pas etres les arbres qui masquent l'absence de foret "

Écrit par : Pierre | 15/04/2010

Honorine, je t'aime !!!!
pour le reste
- sais tu que les jeux vidéo sont aujourd'hui partie intégrante des "produits culturels" dans les chiffres ?
- sur les bibliothèques, malheureusement, les livres, ça coute cher... comme beaucoup de choses ! Oui, il y a les médiathèques et bouquinistes (tres bonne adresse rue des augustins à Perpignan) mais quand tu gagnes 900 euros (quand c'est pas moins) que tu paies le loyer, les factures, la bouffe... en les journaux, les bouquins et les fruits et légumes de saison, ça s'appelle un luxe.
Je suis portant d'accord avec toi sur le fond sur ce point. J'ai vécu en coloc avec un père et ses deux anfants quelques mois dans un appart sans télé. La petite de 5 ans avait appris à lire toute seule, le petit de 10 ans connaissais les capitales du monde, lisait science et vie (et pas le juninor, celui pour les grands).
Sur les festials, on ne va aps être d'accord non plus. Mes festivals, c'est camping, bière, saxo à la tombée de la nuit, mecs qui jonglent de tous les côtés, échange, rencontres, entraide. Loin de l'ellitisme dont tu nous parles... alors peut être qu'à Sète on tend vers ça, malheureusement.
J'assosie le mot culture aux mots passion, collectif, partage... mais quand la culture et de droite, apparemment, ça donne autre chose.

Écrit par : ju | 15/04/2010

ju, la mediathèque c'est 5 € par an et tu peux prendre 5 livres à chaque fois à chaque fois que tu veux.

Écrit par : marion | 15/04/2010

ben oui, c'es ce que je dis
heureusement qu'il y a la médiathèque et les bouquinistes

Écrit par : ju | 15/04/2010

Sans être particulièrement méchant.. mais force est de constater que la Mort de la Culture et de l'Art avec une certaine forme d'exigence (peinture, sculpture, musique, théâtre..) c'est un peu et beaucoup à Jack Lang qu'on la doit.
Sous prétexte de tout rendre accessible, moderne et branché ET sans effort, on est arrivé au bout du bout à voir Koons au Château de Versailles et bien d'autres conneries de ce genre.. Car la Droite, après qques bafouillages, a bien compris elle aussi tt l'intérêt qu'il pouvait y avoir de faire croire au Peuple qu'il est intelligent et que cela peut se faire sans effort.

Pour info, j'avais parcouru dans le temps une étude parue dans les Echos qui expliquait que l'élu socialiste est bien plus fort que l'élu UMP pour les affaires "culturelles" dans sa ville.

Écrit par : cricri | 15/04/2010

A sète on voit sortir ou arriver de nombreux artistes intelligents et uniques au monde.

Ils nourissent et se nourissent du système.

l'évenementiel aussi est devenu à la mode, parait que c'est bon pour l'économie.

Écrit par : le vrai gocho | 15/04/2010

Il y a désormais en France une culture officielle, une esthétique certifiée conforme, celle des scènes nationales de théâtre, par exemple, aux mises en scène interchangeables.
Tu peux te reporter à l'article de Franck Lepage du Monde diplo de mars 2009 dont je joins un extrait
Elle vise paradoxalement à manifester en tous lieux la liberté d’expression, pour peu que celle-ci ne désigne aucun rapport social réel, n’entraîne aucune conséquence fâcheuse et soit littéralement sans objet. Provocations adolescentes, esthétique ludico-décadente, citations ironiques (8)... On s’y ennuie ferme, mais on y applaudit fort ! En même temps qu’il dépolitise, l’entretien du culte de la « culture » contribue à domestiquer les classes moyennes cultivées en réaffirmant la frontière qui les sépare des classes populaires.

Écrit par : J Fabre | 16/04/2010

@cricri : tout rendre accessible ? le probleme serait là pour toi ?
c'est grave, ça... si tout ne l'était pas, et tout ne l'est pas encore, les gens aux faibles revenus ne peuvent pas y accéder...
quid de Londres ? t'as plein de musées ouverts au grand public, tu peux aller y aire un tour quand tu veuc, même deux ou trois salles au passage entre midi et deux. Ca, c'est extra !
après, le "branché", la bobotitude et tout le toutim, je suis d'accord avec toi. Mais le branché ne reflete pas une politique, il reflete juste des habtude de consommation, comme toutes les modes, qu'ils s'agisse de vetements, d'objets, etc... non ?
@j fabre : on parlerait alors 'une culture à deux vitesse ? faut sortir des theatres, t'as des festivals off, t'as des bars plein tous les soirs qui accueillent des concerts, t'as des groupes de musique, des films, quitournent et qui sont connus sans entrer dans un circuit commercial parce que des gens rejettent ce système, justement.

Écrit par : ju | 16/04/2010

l'art sans éducation, ça sert à rien, sinon à faire plaisir à quelques socialistes qui se donnent l'impression de rendre la culture accessible à tous alors qu'ils font juste plaisir à quelques bobos neuneus...

Pour les anti-communistes primaires de passage, je m'étonne de leur silence sur ce sujet qui est pourtant crucial : Marx et ses apôtres n'ont JAMAIS pu expliquer leurs théories historiques et économiques avec l'Art.. C'est une des limites du marxisme. Faudrait en parler, d'ailleurs, un jour..

Bref.

Et même si j'aime bcp ça, la variété ce n'est pas un art. Ou alors mineur, comme disait Gainsbourg (qui était de droite, n'en déplaise aux gens bien pensants)

Le problème central, c'est l'éducation. On y revient toujours. Il faut bien à un moment donné qu'une fille ou un mec t'explique la grandeur d'un Picasso dans un contexte artistique et historique, la profondeur d'un Schönberg dans la musique contemporaine ou les motivations profondes qui poussent Giacometti à sculpter.
Après, t'aime ou pas, tu te fais ton propre avis, ton goût.. mais il faut un minimum d'éducation avant.
Ce que ne font jamais (ou presque) les institutions destinées à la promotion de l'Art.

M'enfin, pour ce que j'en dis...

Écrit par : cricri | 19/04/2010

pourquoi est que lorsque qu'on parle culture , ça se résume à la peinture ou à la musique?

Écrit par : marion | 19/04/2010

J' espère que la culture sera bonne cette année ,j' ai planté
des tomates et des salades.
Les tomates pour certains spectacles dits Cul turels et sur lesquels j' enverrais bien les plus pourries.
Quant aux salades ,les miennes seront ,je l' espère ,meilleures que certains des commentaires que je viens de lire.

Écrit par : utop | 19/04/2010

J' espère que la culture sera bonne cette année ,j' ai planté
des tomates et des salades.
Les tomates pour certains spectacles dits Cul turels et sur lesquels j' enverrais bien les plus pourries.
Quant aux salades ,les miennes seront ,je l' espère ,meilleures que certains des commentaires que je viens de lire.

Écrit par : utop | 19/04/2010

@ cricri : parler autour d'une oeuvre, c'est aussi avoir les mots à placer deussus et surtout avoir la capacite de debattre, de proposer, d'exposer un pont de vue, d'en refuter un autre... Or, ça passe par le systeme educatf. Pourquoi cela devrait-il venir des structures qui sont du milieu de l'art. C'est normalement le truc de l'ecole de nous apprendre à exprimer des points de vue, analyser, et tout et tout... au lieu de faire des interros sur de l'appris par coeur, non ?
l'éducation, c'est la base de tout. Les d'jeun's ont changé mais la formation des profs est toujours la même depuis des decenies. Est-ce normal ?
@utop : tu t'adresses a qui ?

Écrit par : Ju | 19/04/2010

Je m'adresse aux personnes qui sont tellement cultivées qu' elles devraient mettre un peu leur cerveau en jachère.
Trop de cultures ,tue la culture.Elles devraient se reconnaître toutes seules avec un tel niveau de savoir qu'elles s' auto-attribuent

Écrit par : utop | 19/04/2010

Très interessant votre article sur LA culture.

J'ai eu la riche idée de changer l'expression "LA culture" par "LA saint louis" et on dirait que cet article à 95% est écrit pour LA saint louis d'aujourd'hui.

A méditer messieurs les Organisateurs de LA saint louis.

Écrit par : Le Jouteur Réboussié | 19/04/2010

pas bête....

Écrit par : ju | 20/04/2010

plus je relis ce billet et plus je me dis qu'on dirait du cricri dnas l'écriture....

Écrit par : Ju | 26/04/2010

@ ju

ha non ! je crois connaitre assez CRICRI pour dire que si c'était de lui ça serait signé.

Et puis sur le blog des vicomtes de brageole, il n'y a que des écrits de vicomtes ..... (esses)

Écrit par : chargé des commissions | 26/04/2010

Ton blog n' est pas très actif mon Loulou .Penses-tu ouvrir ta porte un jour? Un peu d' impertinence et peu de gaité dans un site de Roumégaïres...

Écrit par : utop | 26/04/2010

Nous écrivons des billets quand nous n'avons rien d'autre à faire. Actuellement nous sommes très occupé

La culture sétoise actuelle devrait vous passionner ... mais je remarque que NON !

L'ouverture d'un blog c'est la porte ouverte à tout et nous y perdrions notre identité. Regardes le gouvernement avec toutes les ouvertures on en fini plus de lire "untel ex socialiste" "untel nouvel UMP" "untel ex centriste "etc etc ...

le dernier exemple c 'est mon oiseau préféré : GABY ! même avec l'ouverture il a fait une pose.

Qui va piano ......

Bon aller je vais m'occuper ....
de la burka,
de l'insécurité,
de la grèce,
du nuage

et et et et des négociations sur les retraites que nous avons tendance à oublier avec tout ce bordel organisé

à plus tard pour un nouveau billet (en euros)

Écrit par : chargé des commissions | 26/04/2010

héhéhé ! nous, on n'en n'aura pas de retraite...
pour le reste, j'ai quand même apporté un peu de vie qui manquait ces derniers jours dans la blogosphère sétoise... c'est tout ce que j'attendais !
contente de voir que vous etes toujours la !
des bizoux !

Écrit par : ju | 26/04/2010

Et bien moi, j'ai trouvé ce billet trés interessant, et si je n'ai pas fait plus de commentaires c'est qu'il n'y avait pas grand chose à y ajouter.

Écrit par : marion | 26/04/2010

Merci les filles

à bientot avec un os à ronger !

Écrit par : chargé des commissions | 26/04/2010

juste un os ?

Écrit par : Ju | 27/04/2010

Je conseille de reecouter le scketch de sylvie JOLI sur "les subventions peuvent attendre " Je pense qu'elles vont attendre tres longtemps.Par exemple pour les subventions de l'etat gere par le ministere de la culture on etait enfin parvenu au symbolique 1% du budget de l'etat .Comme celui ci se desengage au "profit"des collectivites locales il ne restera bientot comme alternative que ces institutions dont les criteres sont nettement plus politiques

Écrit par : pierre | 29/04/2010

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